Cynthia Zaven à la première beyrouthine de « Palestine – A Revised Narrative » au cinéma Metropolis, le 20 janvier 2025. Photo Halima Loutfi
« L’idée était de montrer que la Palestine était bel et bien habitée en 1914 », explique la compositrice libanaise Cynthia Zaven. « Qu’il y avait là des musulmans, des chrétiens et des juifs, et que coexister n’est pas un péché. Les images d’archives les montrent ensemble – à Bethléem, à la mosquée al-Aqsa, au Mur des lamentations. »
« En avril 2024, ce projet nous semblait urgent, renchérit la designer sonore Rana Eid. On ne savait pas encore que la guerre durerait plus de deux ans. Il fallait rappeler que l’histoire de la Palestine ne commence pas le 7 octobre 2023... Aujourd’hui, il ne reste que des traces. Ce travail prend alors un autre sens. »
Tout commence en 2023, lorsque le festival berlinois AlFilm met la main sur 77 bobines 35 millimètres issues des archives de l’Imperial War Museum britannique. Ces images tournées durant la Première Guerre mondiale documentent l’invasion de la Palestine ottomane par les forces britanniques venues d’Égypte. Il s’agissait d’un film de propagande inachevé, jamais projeté en public. À la fin de l’année, Rabih el-Khoury, programmateur d’AlFilm, propose à Cynthia Zaven et Rana Eid de s’en emparer.
La compositrice extrait des images un récit muet de 30 minutes, délaissant l’épopée impériale pour révéler ce que les troupes britanniques découvrent à leur arrivée. De cette matière brute naît Palestine – A Revised Narrative, une œuvre audiovisuelle qui relit la propagande coloniale à contre-courant, redonnant une voix à la Palestine d’avant le morcellement.
Créé le 28 avril 2024 au festival AlFilm à Berlin, le ciné-concert est présenté à Beyrouth, au cinéma Metropolis, le 20 janvier 2025. Deux représentations au Royaume-Uni sont programmées : la première a eu lieu le 22 juin au Barbican de Londres, une deuxième aura lieu le mardi 24 juin au Contact Theatre de Manchester. Une autre est annoncée en octobre au festival du film muet de Pordenone, en Italie. Mais la menace d’un embrasement régional, conséquence des attaques israéliennes contre l’Iran, jette une ombre sur ces dates.

Une création à quatre mains
Ce n’est pas la première collaboration entre les deux artistes. Tandis que la première compose pour le cinéma et la scène, la seconde signe la bande-son de nombreux films au sein de DB Studios, qu’elle a cofondé en 2006. Également réalisatrice, Rana Eid développe en parallèle ses propres projets visuels et sonores.
Leurs approches du son se rejoignent et se complètent : la compositrice refuse les partitions trop narratives ; la designer sonore, dont le métier est d’illustrer l’image par le son, fuit la redondance. « Moins ça ressemble à un commentaire sportif, mieux c’est », plaisante-t-elle.
Dès que Zaven livre son montage de 30 minutes, les deux artistes entament un travail en miroir, échangeant intuitions, supprimant les doublons, ajustant chaque élément à l’autre.
Cynthia Zaven lors de la création de « Palestine – A Revised Narrative » le 28 avril 2024, dans le cadre du festival AlFilm, au centre culturel Silent Green à Berlin. Photo Carman Ho, avec l’aimable autorisation d’AlFilm
Entre archives et spiritualité
« Je ne voulais pas de sons trop synchronisés, précise Rana Eid. J’avais envisagé une ambiance marine pour la séquence sur Gaza, mais Cynthia a composé quelque chose de si fort que nous l’avons gardée seule. »
Les tirs de canons sont authentiques, d’autres sons – galops, cris, échos – recréés en studio. On y entend des extraits de musique ancienne, de prières et, en filigrane, des couches de chuchotements mêlés. Une grande partie de la matière provient de la collection Mishlawi, enregistrée à l’origine sur bande Nagra et numérisée par le compositeur Nadim Mishlawi. Ces archives incluent discours politiques, ambiances sonores et les textures mêmes des enregistrements analogiques.
« J’ai eu une intuition, confie Eid. En écoutant une chorale, j’ai ressenti quelque chose de profondément spirituel. En Palestine, il y a tant de religion... mais si peu de spiritualité. »
Issu d’un silence presque sacré, le chant s’oppose aux discours martelés et aux résonances de conflits centenaires. « La texture de ces anciens médias, c’est de la pure physique, mais elle a une résonance. »
Déconstruire l’instrument occidental
Cynthia Zaven, quant à elle, aborde la performance avec prudence. « Se produire sur scène, c’est s’exposer. Ce n’est pas ce que je recherchais. Et je ne voulais pas accentuer l’émotion, car les images sont déjà très fortes. Quand Rana a proposé une conception sonore, cela a rendu le projet plus cérébral. J’ai alors pu envisager une performance très minimale, parce que l’image comme le son sont d’une grande densité. »
Le montage a pris six semaines, mais la composition musicale et sonore a été achevée en quelques jours.
Sur scène, Cynthia Zaven joue sur un piano préparé – un instrument modifié en insérant divers objets dans ses cordes. Parfois, elle semble en frotter les cordes à l’archet ; d’autres fois, l’instrument évoque un gamelan balinais.
« Déconstruire cet instrument occidental par excellence est déjà un message en soi. Le piano a été souvent modifié dans l’histoire de la musique, pour l’expérimentation. Mais ici, il accompagne des images filmées par les forces occidentales, dans un pays morcelé par ces mêmes forces, dans une région détruite par elles. Je joue sur un instrument occidental, mais il ne sonne pas comme tel. »




On voit les uniformes des soldats palestiniens de l'empire britannique ? leurs écussons sont en quelle langue ? Arabe, Anglais ou Hebreu ?. Il suffit de visiter le IWM qui se trouve dans le Centre de Londres,de visiter le moins un exposition principale WW1 et vous verrez ces uniformes. La langue commence par H,.
19 h 24, le 23 juin 2025